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Récupération musculaire : j’ai testé la cryothérapie à l’Insep

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La cryothérapie, c’est le fait de se soigner (thérapie) par le froid (cryo). Un principe qui ne date pas d’hier puisque chacun sait qu’il faut mettre de la glace sur un membre cogné ou suite à une chute, un coup… A l’Insep – Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance – cette notion prend tout son sens car on est loin de l’inoffensive poche de glace à 0°C. Pour favoriser la récupération musculaire de ses athlètes de (très) haut niveau, le célébrissime institut s’est doté d’une chambre de cryothérapie corps entier (CCE) – à ne pas confondre avec d’autres techniques comme celle avec l’azote où la tête n’est pas « au froid ». Une séance s’avère déjà très anti-inflammatoire (le coup de la glace, rappelez-vous !). Mais, mieux, une séance par jour pendant 1 semaine permet de traiter des lésions musculotendineuses, et un pic étonnant de résultat est obtenu à raison de 2 séances par jour pendant 1 semaine. Encore faut-il les supporter… Cette chambre est constituée de 3 compartiments, l’un à -10°C, l’autre à -60°C, le troisième à -100°C.

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Visite médicale obligatoire

Avant d’y entrer un orteil, passage obligatoire devant le médecin, qui prend ma tension (12/7 tout va bien merci), ausculte mon cœur, et s’intéresse à chacun des deux pouls aux pieds et aux poignets, puis m’ausculte dans le dos pendant que je dois respirer profondément. Satisfait, après m’avoir dit à chaque mesure « là ça passe, l’homme de l’art me déclare « ok, bon pour la congélation ! ». Sur le coup, ça me fait rire. Je ne devrais pas, parce que c’est exactement ce qui va m’arriver.

En route pour l’aventure !

En maillot de bain une pièce et petit short mou, en mode « je vais à la plage », je débarque tout sourire dans la pièce à cryothérapie. Trois grands frigo/congélateurs pour humains m’y attendent. Je vais vivre l’aventure avec un confrère, en maillot seulement en bas lui, le pauvre ! (Du coup une kiné ou infirmière lui colle des pansements sur les tétons, pour qu’ils ne grillent pas de froid j’imagine). Chaque « chambre froide » est munie d’une sorte de fenêtre, comme la plupart des saunas. C’est vaguement rassurant : si on meurt de froid, ils le verront tout de suite. On nous équipe de chaussettes de sport bien épaisses et de sabots en plastique genre Croc’s, de gants très très épais comme pour faire du jardinage, d’un bandeau sur les oreilles et d’un masque chirurgical large qui nous fait ressembler à Donald Duck. Trop sexy ! Évidemment, il est indispensable de retirer tout bijou, surtout en métal, sinon bonjour la brûlure de gel. Nous sommes fin prêts, déguisés magnifiquement, c’est parti. On commence lui et moi tout doucement (!) par celui à – 10°C (ça caille ! Vous avez déjà été en maillot de bain à – 10°C ?). Une fois le corps acclimaté, soit au bout de trente secondes environ, nous ouvrons nous-même la porte du congélateur à -60°C. L’affaire devient très sérieuse d’un coup, j’observe que la peau de mon binôme est aussi rouge qu’une côte de bœuf saignante. Je ne lui dis rien mais je devine qu’il se fait la même remarque en m’observant. Je lui souris mais il ne voit rien, évidemment, avec le masque. Va-t-on trouver le courage de pousser la porte du dernier congélateur, à -110°C ? Il le faudra bien, on est quand même venus pour ça !

Au bout de trente nouvelles secondes, nous nous décidons ensemble à sauter le pas. Allez hop, dans le grand bain. De l’autre côté de nos instruments de torture, nous distinguons vaguement « les autres » : infirmiers, kinés, personnel qualifié, et les autres confrères qui attendent leur tour. Ils sont habillés, eux, et en milieu non hostile ! Tous nous observent comme des poissons rares dans un aquarium d’une autre planète. Nous pénétrons prudemment dans la dernière chambre froide. Moins 110°C, mais qu’est-ce-que je fais là, alors qu’il y a un beau soleil dehors, des jus de fruits, des petites mousses au chocolat ? Très vite, la sensation d’oppression prédomine, mais je suis sûre que c’est psychologique. Mon binôme est hilare tellement il a froid. En quelques micro secondes, ses cils et sourcils se sont intégralement recouverts de givre, certainement du à sa chaleur corporelle qui gèle immédiatement avec cette température de dingues. Mes propres sourcils doivent donc, eux aussi, concurrencer ceux du père Noël.

Un zouk à -110°C

Au bout de 20 secondes, il veut sortir, et moi aussi. Mais dehors, l’infirmier en chef nous encourage à rester. Il est en contact visuel permanent avec nous et nous encourage à l’aide d’un micro « allez allez, marchez, faites le tour de la pièce, non non vous n’allez pas sortir maintenant quand même ! »  Il a raison, c’est la honte. On reste. Il met du zouk un peu plus fort et nous incite à danser. C’est sûr que si tu ne t’agites pas non stop, tu meurs ! Pas une bonne idée non plus de se frotter la peau comme je le fais fébrilement depuis quelques instants, non seulement c’est totalement inutile mais en plus ça incite à se recroqueviller et à rester sur place alors qu’au contraire il faut sauter, bouger les bras et les jambes, se remuer en somme. Une question de survie ! Nous voilà entraînés dans une jolie chorégraphie entre deux tours de cellules à marcher l’un derrière l’autre. On pouffe. Nous tenons 2 minutes puis, la sensation d’oppression devient trop forte, avec une drôle d’impression de cerveau anesthésié, et comme si la peau devenait du carton. Nous nous regardons fréquemment droit dans les yeux, c’est tacite : on ne laisse pas tomber son binôme, donc on fait tout ensemble : on reste ou on sort, mais ensemble. Nous finissions par décider de nous replier dans la chambre super cool de -60°C (les Bahamas !), puis à -10°C (la canicule !). Et enfin, de retrouver la vie réelle, sous les acclamations de nos camarades, légèrement refroidis ( !) par la couleur de notre peau. Rougissime, évidemment. Contente de retrouver mes chers, chers vêtements, comme de revenir sur la terre ferme… alors que nous n’avons fait que 2 minutes à -110°C (j’ai cru que c’était 2 heures !). Une expérience inoubliable.

 * Cette chambre de cryothérapie est ouverte au grand public dans le cadre de traitement de certaines maladies articulaires, comme la polyarthrite rhumatoïde ou la spondylarthrite ankylosante : une prescription de votre médecin traitant ou de votre rhumatologue est évidemment indispensable (ce n’est pas un jeu !). Il s’agit d’un centre agréé par l’assurance maladie, en revanche contrairement à la Pologne, la cryothérapie n’est pas (encore) remboursée. Il vous en coûtera 330 € pour les 10 séances. Insep, 11 avenue Tremblay, Paris 12.

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