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Un déjeuner Dans le Noir (attention spoiler)

2013-04-02 21.29.15

Manger dans le noir absolu ? Une expérience qui ne laisse personne sans avis sur la question : tandis que certains sont d’emblée emballés, les autres ne voient pas l’intérêt de manger sans voir le contenu de son assiette. Pour nous, c’était un moment à vivre, forcément. En choisissant le « menu mystère », qui plus est.

Arrivées au restaurant, on nous explique le déroulé des événements. Après avoir placé nos sacs et manteaux dans un casier, nous informons le restaurant de nos possibles allergies alimentaires. Puis nous passons commande (si l’on peut appeler « commande » le simple énoncé « entrée + plat + dessert »). Nous nous mettons en file indienne, les mains sur les épaules les uns des autres, pour suivre Sarah, notre guide et serveuse non voyante. Nous quittons le vestibule pour entrer dans une pièce d’un noir absolu : nos pas deviennent minuscules, nous pensons trébucher à chaque instant. Pourtant, aucun obstacle. Sarah nous installe, nous indique la marche à suivre pour nous servir de l’eau : « vous placez un doigt dans votre verre, et vous arrêtez de verser dès que l’eau arrive à niveau de l’ongle ». Doigts propres de rigueur, merci.

L’entrée est servie, nous sommes hilares. Plusieurs techniques sont possibles : tenter d’appréhender la disposition globale des aliments dans l’assiette en tâtonnant du bout de la fourchette, ou mettre les doigts, plus franchement. Il nous reste un minimum de savoir-vivre, nous attaquons à la fourchette et au couteau. Et puis il y a des caméras infra-rouges dans la pièce, autant rester digne. Nous identifions une boulette de riz façon sushi, une tranche de magret fumé, de ricotta… Ah, un quartier de clémentine ! Les saveurs et les textures s’enchaînent. Pour corser le tout bien évidemment, pas question d’avoir une « mono-entrée », trop facile à identifier : les assiettes se composent chaque fois de trois différentes saveurs. Une bouchée nous laisse perplexe : il y a un chutney d’oignon, pas de doute, mais l’ingrédient dessous ? Sucré, ce n’est ni du pain, ni de la brioche, cela s’effrite en bouche, cela colle un peu aux dents comme un caramel, mais impossible de mettre un nom dessus. De la guimauve ? Ce sera la langue au chat. Un dernier coup de fourchette passé avec méthode dans l’assiette pour être sûr de ne rien avoir laissé : entrée terminée.

Le plat arrive, précédé par son odeur : il y a de la St-Jacques là-dedans. Effectivement, nous trouvons deux énormes St-Jacques, charnues et parfaitement cuites. Mais ensuite, mystère : une viande, qui nous semble d’abord être du poulet, ensuite de l’agneau… pour finir en canard. Et quelques baies juteuses et acidulées. Des légumes, un carré de ce qui semble être un cube… et qui s’avérera être un clafoutis de carotte.

Nous nous apercevons que nous sommes complètement courbées, « ramassées » sur notre assiette, comme si le fait d’être aveugles nous rendait vulnérables à d’étranges menaces volantes, ou à n’importe quoi d’ailleurs. Servir de l’eau s’avère finalement facile (à condition que personne n’ait déplacé subrepticement la carafe !). Arrivées au milieu du repas, nous commençons à nous détendre et à parler « d’autre chose », comme si nous étions au restaurant « normal ».

En dessert, moins d’hésitations. Une part

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de gâteau au chocolat, recouvert de sucre pétillant, un morceau d’ananas poêlé et caramélisé, et une sorte de cheesecake-bavarois. La cuillère dans la main droite pour me donner l’illusion de continuer à bien me tenir, j’ai les doigts de la main gauche dans mon assiette. Manger avec les doigts, c’est quand même beaucoup plus facile pour identifier les ingrédients. Mon voisin de gauche en convient. Pour sa part, il a abandonné fourchette et couteau depuis longtemps ! La totale : une personne fête ses 18 ans, dans le noir bien sûr (zéro bougie !) et l’ensemble des clients entonne le fameux « JOOOOYEUX ANNNNNNNNIVERSAIRE CHRISTELLLLLLE ! ». Réaction émue de l’intéressée, quelque part en salle « Merci à tous, c’est vraiment une expérience très intéressante, je suis tellement contente d’être là ! ».

Une fois ressortis de la salle, toujours en file indienne, les clients découvrent enfin le contenu de leurs assiettes, photographiés dans des livrets. Nous confirmons ainsi ce que nous avions deviné. Et cette chose sucrée en entrée : un demi-macaron, mais bien sûr !  Le sens visuel compte évidemment pour beaucoup lors d’un repas. Et si nous avons passé presque tout notre temps à nous intéresser uniquement aux saveurs des aliments (ce qui n’est pas le cas lors d’un repas « classique », où la vue nous renseigne immédiatement sur ce

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que nous mangeons), il faut avouer qu’il manque une dimension aux repas, surtout pour les deux gourmandes que nous sommes, attachées aux présentations, aux jeux de couleurs et à la composition des assiettes. En conclusion, l’expérience est vraiment intéressante, au-delà de la curiosité, la cuisine est réussie, et l’accueil adorable.  Les menus changent tous les deux ou trois mois, aussi si vous y allez, notre blog vous aura donné des indications qui resteront valables jusqu’au mois de mai environ. Et des menus ponctuels sont proposés pour les réveillons, la St-Valentin…

Dans le Noir
51 rue Quincampoix
75004 Paris 
 
Ouvert pour le dîner tous les jours de la semaine, services pour le déjeuner uniquement les samedi et dimanche. 

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